La course au quantique semble désormais officiellement lancée, comme en témoignent les dernières annonces de Google, IBM ou encore Microsoft Dans cette compétition technologique, hautement stratégique, les Etats-Unis et la Chine s’imposent déjà en leaders. Pour autant, l’Europe et la France disposent de vrais atouts, qui, sous réserve d’une dynamique d’investissements notamment, pourraient leur permettre de rester dans la course. C’est ce que révèle l’étude « L’informatique quantique : prêts pour le grand saut ? », réalisée par France digitale et le cabinet de conseil Wavestone. Si l’un des enjeux majeurs du quantique réside dans le potentiel de développement économique offert par sa technologie, il pourrait également imposer un nouveau rapport de force entre les différentes puissances mondiales…

 

Vers une nouvelle révolution quantique

Si l’informatique quantique porte en elle une véritable révolution – ouvrir et explorer de vastes champs d’études et de développement dans tous les secteurs de l’économie – son enjeu dépasse ces seules considérations économiques : en effet, l’ordinateur quantique est devenu un enjeu stratégique de souveraineté et de sécurité. C’est pourquoi, de nombreux États ont adopté des stratégies nationales de R&D, avec des programmes de financement allant de 140 millions à 1 milliard d’euros. Les géants Américain (Google, Micrososoft, IBM, …) et Chinois (Alibaba et Baidu), font figure de pionniers avec des initiatives menées en interne ou en partenariat avec la recherche publique (Chine).

Si la domination des géants américains et des chinois semble aujourd’hui avérée, l’Europe a tout intérêt à maîtriser la technologie quantique pour garder sa souveraineté et ainsi se préserver de certains risques : transfert des activités de R&D vers les USA ou la Chine, perte de productivité, incapacité à protéger ses communications sensibles, telles que les renseignements ou l’intelligence économique…

 

Des états stratèges qui lancent des programmes de financement…

Les États-Unis et la Chine sont les deux États ayant investi le plus. En 2019, l’administration américaine a mis en place le National Quantum Initiative Act. D’un montant d’1,3 milliards de dollars, ce programme gouvernemental vise à encourager la recherche et le développement, ainsi que l’éducation en matière de technologie quantique. La Chine apparaît comme l’état ayant le plus investi dans la communication et la cryptographie quantique. En effet, le pays a lancé en 2017 la construction du National

Laboratory for Quantum Innovation qui devrait voir le jour en 2019, pour un montant estimé de 10 milliards de dollars. Depuis 2006, le montant total des investissements publics chinois s’élève à près de 2 milliards d’euros.

A l’échelle européenne, le « Quantum Manifesto », signé en mai 2016 par plus de 3 400 acteurs de l’académie et l’industrie, montrait la volonté de l’Europe d’investir dans la technologie quantique. Le Quantum Flagship, lancé en 2018, est un projet de la commission européenne sur dix ans, doté d’1 milliard d’euros (20 projets ont été soutenus dans sa première phase en 2018, pour 135 M€) qui mobilise une communauté académique européenne de plus de 5 000 chercheurs.

 

… et peu de fonds qui investissent

 

 

 

A ce jour, environ 150 sociétés de capital-risque (venture capitals) ont réalisé des investissements dans des startups quantiques. Le nombre de fonds d’investissement spécialisés dans le quantique est en revanche très faible et ne dépasse pas une demi-douzaine dans le monde.

En France, Quantonation, le fonds créé par Charles Beigbeder et Christophe Jurczak fait figure d’exception. D’autres fonds français ont investi ces dernières années dans des projets quantiques, comme le fond XAnge.

 

 

 

 

 

 

Un écosystème riche et jeune : une opportunité pour l’Europe et La France !

En Europe, l’écosystème compte environ 90 membres (start-ups, hubs, capital ventures…). Le nombre de projets ou startups positionnés sur le développement de hardware et de composants représente bien le focus actuel du marché, à savoir créer un ordinateur quantique suffisamment puissant et stable.

Les startups intervenant dans le domaine sont encore peu nombreuses dans l’écosystème européen, et sont souvent récentes : la plupart ont été créées entre 2018 et 2019. Très souvent issues de projets de laboratoires, et encore largement concentrées sur des activités de R&D, leur modèle d’affaire reste souvent peu propice au passage à l’échelle.

Avec 20 startups, le Royaume-Uni se classe en 1ère position, suivi de la France avec 16 startups et l’Allemagne avec 14.

 

« Pour devenir un acteur de premier plan à l’échelle mondiale, l’Europe a besoin d’une impulsion majeure : déclencher un plan massif pour stimuler les investissements, poursuivre les efforts de formation, en coordonnant encore mieux les efforts de tous les états et de toutes les parties prenantes : universités, fonds d’investissements, industriels, startups » explique Benoit Darde, Partner chez Wavestone.

« De toutes les vagues technologiques, l’informatique quantique pourrait bien se révéler la plus puissante. Cette technologie de rupture reste à ce jour méconnue, concentrée dans les mains de quelques “Big Tech” alors même que ses potentialités d’application paraissent massives. L’informatique quantique est un sujet trop important pour être laissé aux seuls ingénieurs. Il est temps que les forces vives de l’écosystème numérique s’en saisissent.», déclare Nicolas Brien, CEO de France Digitale.

 

La France, un leader du quantique en Europe ?

La recherche est active et de qualité, à l’image notamment du projet de recherche Quantum Silicon à Grenoble qui réunit les chercheurs de trois laboratoires français (CEA-IRIG, CNRS-Institut Néel et CEA-Leti) autour de la composition de processeurs quantiques basés sur du silicium.

Les grands groupes industriels ont de leur côté mis en place leurs propres équipes de recherche ou ont financé des projets de recherche quantique appliquée en collaboration avec des laboratoires ou des startups. Certains secteurs économiques, en particulier celui des transports, de l’aviation (Airbus), des télécommunications et des énergies (Total, EDF…), sont plus sensibilisés.

 

L’Etat français a récemment mis à l’agenda l’informatique quantique : une mission parlementaire menée par la députée Paula Forteza sur les technologies quantiques a été lancée en avril 2019, elle devrait mener l’exécutif à annoncer un plan national d’ici la rentrée 2020.

 

Le 23 octobre prochain aura lieu la 4ème édition de la France is AI Conference, organisée par France Digitale. Scientifiques, entrepreneurs, fonds d’investissement et dirigeants seront rassemblés
pour échanger sur l’actualité de l’écosystème de l’Intelligence Artificielle.Wavestone y animera une table ronde (à 17h30 scène French Tech Central) sur le Quantum computing, en y apportant les principales conclusions de son étude en partenariat avec France Digitale. Les participants à la table ronde seront Elham Kashefi (CNRS, VeriQloud) et Olivier Tonneau (Quantonation).

 

À propos de France Digitale

Fondée en 2012, France Digitale réunit près de 1400 start-ups et 100 investisseurs du numérique (VC, CVC) et se donne pour mission de transformer la France en territoire propice au développement des startups, pour créer les futurs champions européens du numérique. France Digitale est aujourd’hui la plus grande association de l’écosystème start-ups en Europe.

Son board est composé à parité de 10 entrepreneurs et 10 investisseurs (fonds de capital-risque et business angels) renouvelé pour moitié chaque année. Aujourd’hui, France Digitale est co-présidée par Frédéric Mazzella, Président et fondateur de BlablaCar, et Jean-David Chamboredon, Président exécutif d’ISAI.

France Digitale déploie son action autour de deux axes : la montée en puissance de l’écosystème (construction de la communauté, mise en relation startups-VC-CVC, transfert de connaissances, échange de bonnes pratiques, solution de problématiques sectorielles), et sa représentation auprès des institutions publiques françaises, des grands acteurs économiques, des médias et des institutions européennes. 

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