Alors que l’Europe a validé, dans le cadre du plan de relance, le versement de 40 milliards à la France jusqu’en 2026 destiné à la transition numérique et écologique, l’exécutif accélère dans les investissements dédiés aux grands projets industriels. Une politique volontariste qui aboutit aujourd’hui à la création d’une usine de production de batteries, marquant le passage à l’électrique du secteur automobile.

Dans ce contexte, les transformations impliquant plus de digitalisation plus d’automatisation se maintiennent, voire même connaissent un regain d’intérêt des industriels : plus de 60 milliards d’investissements sont pressentis par l’AIE dans le domaine de l’efficacité énergétique notamment. En effet, la crise sanitaire a poussé beaucoup d’entreprises à tester à l’échelle les mouvements possibles que ce soit en termes de résilience, de capacité ou d’agilité. Toutefois, on ne peut ignorer que des secteurs sont durement touchés, tel que l’aéronautique. Les industries impactées se mobilisent pour penser leur reconversion et se maintenir à flot, à l’image des équipementiers automobiles ou aéronautiques qui tentent de tirer parti de leur outil de production pour des marchés porteurs ou qui facilitent les reconversions de profils vers d’autres filières. La crise sanitaire, quels que soient les secteurs de l’industrie, doit être porteuse d’enseignements pour pouvoir s’adapter au contexte d’incertitude qui prévaut désormais et qui semble parti pour durer… 4 axes de réflexion se dessinent :

 

  1. Remettre à plat certains modèles et tenter des projections sur l’avenir

La crise vient accélérer des transformations longtemps repoussées car jugées non critiques alors. Comment et par où commencer ?

  • En promouvant la résilience et la continuité d’activité
  • En élaborant plusieurs scénarios de projection à défaut de pouvoir anticiper l’avenir
  • En collaborant davantage par filière industrielle : le partage de données en transverse sur l’ensemble d’une filière constitue un atout compétitif mais permet d’ancrer la transformation dans la durée. Les impacts écologiques, les besoins de formations / recrutement s’appréhendent mieux et avec succès (exemple : pour une filière comme l’agroalimentaire, la collaboration va de l’agriculture, du producteur jusqu’à la distribution du produit transformé). Cela nécessite de faire évoluer les relations donneurs d’ordre – sous-traitants pour tendre vers cette collaboration par filière.

 

  1. S’appuyer sur les aides de l’état pour une réindustrialisation ciblée

110 milliards d’euros dans le plan de relance, prêts garantis par l’état… Une enveloppe de subventions pour les industriels de 400 millions d’euros en 2020 puis 175 millions ajoutés en mai 2021 et enfin les 40 milliards de l’Europe pour soutenir la transition écologique et numérique des entreprises françaises et enfin 3,5 . Si les grands groupes tels que Renault, Airbus par exemple ont pu bénéficier de ces aides … l’ensemble des PME, ETI qui constituent le tissu industriel français doivent utiliser ces dispositifs d’aides qui se multiplient à l’échelle nationale mais aussi européenne. Dans quel but ? Se digitaliser, réimplanter certaines industries dans les territoires, relocaliser des productions pour des produits / secteurs bien ciblés (exemple : le secteur pharmaceutique bien évidemment, l’électronique). Les Plans de Sauvegarde de l’Emploi dans l’aéronautique restent d’actualité mais sérieusement limités si l’on se réfère aux prévisions initiales de début de crise (l’exemple de Daher souvent cité fin 2020 notamment).

 

  1. Continuer à développer les approches expérimentales

Ces approches développées lors des différentes phases de confinements et de déconfinements depuis plus d’un an (changement d’équipe, télétravail, téléassistance, formation, agilité sur les lignes de production…) doivent guider totalement ou partiellement les entreprises du secteur de l’industrie. Il faut prendre en compte les risques observés ces 12 derniers mois pour orienter les scénarios et se poser toutes les questions : Faire ou faire faire ? Quel positionnement sur la chaîne de valeur ? Intégration complète ou morcellement de l’activité ? Diversification de l’activité ? …

 

  1. Faire évoluer les relations humaines

Fournisseurs, clients, employés… Le travail ensemble ne se décline plus suivant les mêmes codes dans ce contexte mais le lien entre les équipes doit être préservé, voire rétabli parfois. Comment animer la réunion d’équipes sur la ligne de production ? Comment réussir le passage d’information entre l’équipe du matin et l’équipe du soir ? Comment partager avec tous les retours d’expérience individuels alors que les rencontres informelles se raréfient ?  L’utilisation de solutions collaboratives ayant fait leurs preuves pour des équipes commerciales, RH ou marketing ne se copient pas telle quelle pour des équipes qui travaillent sur la ligne de production ou sur le terrain : des adaptations sont nécessaires mais le partage doit être préservé voire restauré !

 

« L’absence de perspectives claires ne doit pas freiner les projections, elle constitue au contraire le moteur de la recherche de nouveaux scénarios et de nouvelles opportunités, et surtout de la mobilisation des équipes pour s’y préparer. Le modèle opérationnel à long terme doit être revisité pour plus de résilience et de flexibilité. Le rôle des hommes et des femmes vs l’utilisation des outils dans ces mutations doit être repensé au sein de nos industries » explique Sébastien Marie, Associé au sein du cabinet Wavestone.